En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer

Davantage de vélos sur les routes... et des emplois à la clef ?

Avec le déconfinement Covid-19, on nous promet davantage de vélos sur les routes… Intéressons-nous à l'emploi de la bicyclette, abordé dans la récente étude DGE / Ademe sur l'impact économique du vélo en France.

Article  |  Transport  |    
Davantage de vélos sur les routes... et des emplois à la clef ?

Le vélo commence à prendre sa place dans l'économie française. Sous l'effet des collectivités qui multiplient les infrastructures cyclables - 468 M€ d'investissements en 2019 contre 328 M€ en 2008 -, et de l'intérêt des ménages à en accroître la pratique. C'est ce que laisse comprendre l'étude « Impact économique et potentiel de développement des usages du vélo en France », commandée par la Direction Générale des Entreprises (DGE) et publiée en avril 2020.

Le marché du vélo est soutenu par les ménages

La part de budget que les ménages consacrent au vélo est passée de 0,068% en 2012 à 0,085% en 2017, un record depuis 2008 (10 ans). Les achats de vélo totalisent 1.358 M€ en 2017, soit +35% en 5 ans. Pour sa part, la constitution de flottes de vélos pour la location ou le libre-service contribue à hauteur de 3% à la dynamique : 78.000 ventes estimées par an sur un marché de 2.7 M d'unités.

Belle activité dans un pays qui a longtemps négligé ses infrastructures cyclables, avec une part des dépenses d'investissement et de fonctionnement qui ne représente que 1.3 % du compte transport de la nation (574 M€ en 2019). Le potentiel de rattrapage est important, notamment dans les périphéries, les territoires ruraux et les petites agglomérations de moins de 50.000 habitants, où le Vélo à Assistance Électrique est en passe de réussir son implantation.

Plus de 2.000 emplois dans la production de vélos en France

Concernant le secteur de la production de vélos et pièces, la France n'a pas su garder sa position concurrentielle des années 70 et marque le pas sur ses voisins européens. Eux-mêmes malmenés par les productions asiatiques. L'effectif salarié en Allemagne (9.500 personnes) serait le plus important d'Europe (2016), suivi d'autres champions tels que l'Italie, la Pologne et le Portugal, dans la catégorie des 5.000-6.000 salariés.

Pour sa part, l'effectif français se serait établi à 1.800-2.500 personnes, avec un ratio de 3,3 emplois par M€ de CA généré en moyenne. L'industrie française du vélo est plutôt concentrée, avec 10 entreprises qui représentent 80% de l'effectif total (2017). Pour travailler dans le secteur, voici des acteurs importants : MFC, Jetlane, Cycleurope, Mavic, Look Cycle, Zéfal, Mach 1, Cycles Lapierre, Arcade, Cycle Me, Corima...

Le secteur du vélo comprend également un nombre important d'entreprises artisanales dans le haut de gamme, avec une intensité en emploi plus élevée : plus de 10 emplois par M€ de CA. Depuis 2014, l'effectif salarié de l'industrie du vélo repartirait à la hausse en France (+15% entre 2014 et 2018), de même que le nombre d'entreprises (+10%).

La distribution spécialisée mise sur les compétences en VAE

Le boom du Vélo à Assistance Électrique (VAE), depuis 2012, a beaucoup impacté le secteur de la distribution. Le VAE a participé à la montée en gamme des cycles vendus aux particuliers avec 338.000 unités écoulées en France et 535 M€ de CA en 2018. Cela représente 13% du volume des vélos vendus, mais 40% du marché en valeur avec un prix moyen de vente de 1.585 euros (+90% par rapport à 2013).

Très impliqués dans les niveaux de gamme supérieurs, les vélocistes ont tiré leur épingle du jeu sur les VAE de ville. Ils profitent également d'un engouement pour les VTT, les VTC, les vélos de route et les vélos-cargos électriques. Chez les détaillants spécialisés, le prix de vente moyen a plus que doublé en cinq ans. Ils captent 55% de la valeur du marché "vélo" pour 19% du volume en 2018. Concernant le VAE stricto sensu, ils captent 77% du marché en valeur.

L'emploi qualifié est à l'honneur chez les vélocistes

L'emploi qualifié autour de la vente-conseil et de la maintenance des VAE devrait être confirmé chez les 1.800 vélocistes de France, qui emploient plus de 2.300 salariés. Une profession toutefois sous contrainte, du fait de la concurrence d'Internet sur ses activités de vente d'accessoires et de pièces détachées. Les taux de marge moyens des détaillants de cycles sont passés de 36-37% à la fin des années 2000, à 29-32% actuellement.

Les titulaires d'un titre professionnel "mécanicien cycles" ou "conseiller technique cycles" sont recherchés, avec une maîtrise attendue des systèmes hydrauliques, des systèmes électriques et des équipements électroniques qui équipent de plus en plus les vélos. Le taux d'insertion de ces professionnels est élevé : 78% des conseillers techniques cycles et 69% des mécaniciens cycles sont en emploi, selon l'Association Nationale pour la Formation Automobile, qui représente également les détaillants vélo.

Le vélo "basique" participe à l'insertion économique

Il ressort également de l'étude « Impact économique et potentiel de développement des usages du vélo en France » que les vélocistes peinent à se positionner sur les réparations simples et l'entretien basique des vélos. Certains ne s'engagent à maintenir que les vélos qu'ils vendent. La raison : un niveau de marge insuffisant sur la réparation et des coûts de main d'oeuvre qualifiée et de structure importants. Pour sa part, l'observatoire du cycle 2017 de la fédération Union Sport et Cycle estimait à près de 140 le nombre d'entreprises spécialisées exclusivement dans la réparation en atelier. Mais aussi dans le service à domicile, un secteur qui innove, par exemple avec des acteurs comme Cyclofix ou Les Boîtes à Vélo.

À noter que les grandes enseignes multisports, qui distribuent 64% des vélos en volume, ont su créer des ateliers de réparation au sein des magasins. Elles recrutent "large", peuvent former en interne, pour des postes souvent multi-tâches (réparation, rayon, vente-conseil) ou multi-produits (cycle, ski...).

Dans ce contexte, de nombreux ateliers d'autoréparation de bicyclettes se créent en France, principalement depuis le début des années 2000. En 2018, 250 ateliers majoritairement associatifs étaient en fonctionnement en France, avec 38% des structures employant au moins une personne, et moins de 50% employant deux équivalents temps-plein (ETP) ou moins. Une actualisation des données de l'étude DGE / Ademe rapporte 270 ETP liés à l'activité des ateliers d'autoréparation en 2018, avec 34% de CDD et 46% des structures bénéficiant d'emplois aidés… Le rôle des bénévoles est essentiel pour faire vivre ces ateliers.

En conclusion, si le marché du vélo ne profite pas beaucoup à l'emploi industriel en France, le VAE irrigue un réseau de professionnels qui mise sur la compétence. Il est à parier que les candidats impliqués sauront trouver leur place. Dans sa diversité, le secteur du vélo sera aussi une porte d'entrée pour des profils moins "aiguisés" mais qui pourront se laisser gagner par la passion du vélo.

Sébastien Trollé

Partager

 
 
Nos marques :