« Aujourd'hui, l'économie circulaire autour des cycles est essentiellement portée par des ateliers d'autoréparation, des indépendants et des petites structures. Nous, notre ambition est d'industrialiser ce processus en récupérant les vélos inutilisés ou en fin de vie sur un territoire donné », explique-t-il. Pour atteindre cet objectif, Pierre tisse un vaste réseau de partenariats avec des gestionnaires de déchets, des collectivités locales, des bailleurs sociaux, des copropriétés… « Nous devons aussi sensibiliser les particuliers pour qu'ils nous confient leurs vieux vélos. C'est essentiel pour alimenter notre chaîne de réemploi », détaille-t-il.
Son rôle au sein de Veloop est polyvalent : il coordonne les activités de la coopérative, qui comprend un atelier, des espaces de stockage (pour les vélos et les pièces détachées) ainsi qu'une boutique. « Mon travail consiste à garantir le bon fonctionnement de l'ensemble. Par exemple, nous reconditionnons entre 200 et 300 vélos chaque année pour les revendre en boutique. Je m'assure aussi que notre équipe, composée de quatre mécanicien·nes, de bénévoles, de stagiaires et de personnes en immersion professionnelle, soit bien accompagnée », précise-t-il.
Mais son rôle ne s'arrête pas là. Développer la structure, renforcer les liens avec les partenaires locaux – collectivités, entreprises, associations, universités, banques… –, créer un véritable écosystème dédié à la cause en les sensibilisant et les faisant adhérer à la démarche est aussi une priorité. « En tant que coopérative, nous portons des valeurs sociétales. Dans le cadre de leur démarche RSE, de plus en plus d'entreprises font appel à nous pour des formations sur l'économie circulaire ou pour réparer les vélos de leurs collaborateurs. Nous intervenons également dans des structures d'insertion pour accompagner des personnes éloignées de l'emploi », ajoute Pierre.
En parallèle, Pierre gère le site d'e-commerce de Veloop et répond aux sollicitations d'acteurs souhaitant dupliquer ce modèle coopératif ailleurs en France. « À terme, nous espérons bâtir un réseau national », ambitionne-t-il.
Un parcours riche et engagé
Avant d'initier Veloop, Pierre s'était d'abord imaginé architecte. Il avait donc intégré, après l'obtention de son bac scientifique, une école dans ce domaine à Nantes avant de réaliser qu'il n'était pas à sa place. « J'ai alors pris une année sabbatique durant laquelle j'ai enchaîné les petits boulots avant de lire un livre d'ethnologie qui m'a subitement éclairé. J'ai alors décidé de m'inscrire en faculté de sociologie », explicite-t-il.
Avant de débuter ce cursus, il participe à un chantier d'été humanitaire à Bamako (Mali) visant à réhabiliter un centre d'accueil destiné aux enfants des rues. Une expérience qui le conduit à poursuivre, en coopération avec des locaux, avec la création d'une école dans le nord du Mali, puis avec une association dédiée à la cause à son retour en France. Un projet qu'il suivra durant cinq ans, parallèlement à ses études de sociologie, jusqu'à l'obtention d'un DESS de sociologie appliquée au développement local et un mémoire orienté sur le développement des communautés nomades dans le nord du Mali et leur place dans le processus de décentralisation. Par la suite, il a animé pendant dix ans un réseau de solidarité pour la fondation Caritas France. Puis, ressentant le besoin de changement, il s'est lancé dans le tourisme à vélo en tant qu'indépendant.
C'est finalement en collaborant avec le Collectif Cycliste 37, qui dispose d'un atelier de reconditionnement de vélos que l'idée de Veloop a germé. « Face au boom du dispositif gouvernemental « Coup de pouce vélo », ils étaient débordés et rencontraient des difficultés de structuration », raconte-t-il. Aussi après un an d'observation et une enquête interne, il a pris conscience de la nécessité de créer une coopérative visant à structurer la filière régionale. « En 9 mois, j'ai ainsi monté la SCIP (Société Coopérative d'Intérêt Collectif) Veloop. En amont, je me suis fait accompagner par une chargée de développement de l'URSCOP (l'Union Régionale des Scop et des Scip), sur la partie création (administrative et juridique). Pour le montage financier de la coopérative, j'ai également bénéficié des conseils d'une chargée de suivi de France Active, un acteur de la finance solidaire. Parallèlement, j'ai rencontré la région, le syndicat des mobilités de Touraine, la ville, la métropole… qui face au bonus prévu par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), le développement de la filière REP, m'ont suivi », se souvient-il.
Ce qui motive Pierre au quotidien, c'est le sens de son action. « J'aime contribuer à une transformation sociétale et environnementale. Ce qui m'anime, c'est le travail en réseau et la coopération avec les acteurs du territoire. Au-delà de la coopérative, l'essence même du projet, c'est de bâtir ensemble quelque chose qui a du sens », conclut-il.

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