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Emploi-Environnement

Méthanisation : quand les agriculteurs deviennent énergéticiens

La transition agricole est en marche. Les agriculteurs sont parfois amenés à délaisser l'élevage pour la méthanisation. Une diversification des revenus agricoles qui crée un appel d'air pour une nouvelle génération d'agriculteurs. Témoignages.

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Méthanisation : quand les agriculteurs deviennent énergéticiens

Le nombre d'unités de méthanisation agricole a fortement progressé ces dernières années. Sur les 635 installations de méthanisation raccordées fin 2018, 453 sont des installations à la ferme, selon le ministère de la Transition énergétique. Et pour cause : la méthanisation s'avère salutaire pour de nombreux agriculteurs.

"S'il n'y avait pas eu la métha, on ne serait sûrement plus paysans !"

"S'il n'y avait pas eu la "métha", on ne serait sûrement plus paysans !", lâche Silvère Adam, à l'origine de la première unité de méthanisation des Vosges, mise en service en février 2013 et aujourd'hui au conseil d'administration de l'Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF).

"Je travaillais avec mon père et ma mère. Nous avions 500 bovins, 100 allaitantes et 400 pour la viande. Pour remplacer mes parents à leur retraite, il aurait fallu que je recrute au moins trois personnes qualifiées, qui ont l'élevage dans l'âme, et sont prêtes à travailler dur et longtemps, explique-t-il. Je n'en avais pas les moyens et il n'est pas facile de trouver des personnes qualifiées et passionnées en élevage. C'est du 24h/24 ! La méthanisation aussi, mais on peut se relayer."

"Je fais de l'électricité, plutôt que de faire de la viande"

Plutôt que de recruter des éleveurs, Silvère Adam a donc embauché des méthaniseurs. Il faut trois à quatre emplois durables pour faire tourner une unité de méthanisation. Dans le groupement auquel il appartient, quatre éleveurs qui ont pris leur retraite ont été remplacés par trois personnes en méthanisation et une en élevage.

"Aujourd'hui, certaines de mes pâtures sont vides, ajoute-t-il. Je récolte les végétaux comme pour nourrir les animaux, mais je fais de l'électricité avec, plutôt que de faire de la viande."

"Beaucoup de jeunes se détournent de l'élevage"

Au lycée agricole EPL agro de la Meuse, on s'adapte aussi. "Beaucoup de jeunes se détournent de l'élevage laitier, constate Bernard Meurisse, son directeur, donc nous prenons une nouvelle orientation avec la méthanisation."

Le lycée va installer une unité sur son site. Il est pionnier en matière de formation à la méthanisation. Il propose un diplôme universitaire (DU) spécialisé depuis cinq ans et est en train de mettre en place un nouveau certificat de spécialisation pour former des professionnels de l'exploitation d'unités de méthanisation.

"C'est une bonne nouvelle vu les difficultés qu'on a eues"

"Nous sommes conscients que le monde agricole émet des gaz à effet de serre, explique Cédric, 22 ans, étudiant en méthanisation à l'EPL agro. La méthanisation est un système qui nous permet de faire baisser ces émissions et économiquement, ça marche bien, c'est une bonne nouvelle vu les difficultés qu'on a eues."

Pour Alexandre Collin, "la méthanisation permet d'avoir une vision plus agronomique de l'agriculture". A 23 ans, ce fils d'éleveurs de vaches laitières s'est inscrit à l'EPL agro pour se former suite à l'installation d'une unité de méthanisation dans la ferme familiale.

Objectif : 1.000 méthaniseurs à la ferme en 2020

Pour d'autres étudiants de l'EPL agro, enfin, la méthanisation est une opportunité d'emploi. "Je suis arrivé là, je n'avais pas de travail et là, j'ai plusieurs opportunités", indique Matthieu, 33 ans.

"J'ai déjà une promesse d'embauche dans un projet collectif", affirme Axel Ciré, ancien ingénieur en hydraulique qui réalise son mémoire de fin d'étude sur la liquéfaction du gaz. La liquéfaction pourrait permettre à ceux qui n'ont pas de point d'injection de transporter le gaz pour l'injecter dans le réseau et profiter, eux aussi, des bénéfices financiers de la méthanisation. De quoi motiver encore davantage d'agriculteurs.

Malgré la réduction du prix d'achat du gaz prévu par le projet de loi de Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), le gouvernement maintient son objectif : atteindre les 1.000 méthaniseurs à la ferme en 2020. Il a récemment annoncé le lancement d'un nouveau prêt de Bpifrance, sans garantie, pour accélérer les projets de méthanisation agricole en France.

Elodie Buzaud.


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