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Emploi-Environnement

Les syndicats des ministères de l'environnement dénoncent les suppressions de postes

Cet été, les principaux syndicats du ministère de la Transition écologique et solidaire et ceux du ministère de la Cohésion des territoires se sont réunis en un collectif, "Make notre ministère great again", pour dénoncer les suppressions de postes.

Article  |  Biodiversité  |    
Les syndicats des ministères de l'environnement dénoncent les suppressions de postes

"Make notre ministère Great Again". C'est le nom du mouvement social lancé cet été par les syndicats du ministère de la Transition écologique et solidaire et ceux du ministère de la Cohésion des territoires – FO, CGT, FSU, CFDT -, en écho à la citation d'Emmanuel Macron.

Groupe Facebook, pétition, actions de mobilisation dans le quartier de La Défense, soutien aux actions organisées dans les parcs nationaux… les actions sont diverses. Elles visent à "attirer l'attention sur les suppressions de postes qui touchent de nombreux services publics environnementaux", explique Patrick Saint-Léger, secrétaire général du Syndicat national de l'Environnement (SNE).

Le ministère de la Transition écologique et solidaire est le premier ministère touché par les suppressions de postes. Il a déjà perdu 16.378 ETP entre 2017 et 2019, selon les données compilées par Le Monde. Il devrait en perdre encore cette année et dans les années à venir.

La loi de finances 2019 a acté 811 ETP en moins côté ministère et 456 ETP en moins côté opérateurs : les agences de l'eau ont perdu 44 ETP, l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) 28 ETP, l'Agence française de la biodiversité (AFB) 6 ETP, l'Ademe 16 ETP, l'IGN 63 ETPT, Céréma 100 ETP, Météo France 94 ETPT (soit 55 fermetures d'agences) et Voies navigables de France (VNF) près de 100 ETPT.

"Hors transfert, le ministère de la Transition écologique et solidaire a perdu 17 % de ses effectifs depuis 2013, précise Patrick Saint-Léger. VNF a perdu 7,7 % de ses effectifs, l'Ademe 6,8 % depuis 2012, les agences de l'eau 14,7 % depuis 2012, le Céréma 12 % depuis 2015, Météo France 13 % depuis 2012, l'IGN 14,8 % depuis 2012."

Et pour cause : dans un contexte de réforme de la fonction publique, le ministère a doublé les effectifs alloués au Grand Paris (+ 200 ETP). "Il fallait absolument renforcer cet opérateur qui doit disposer de ressources suffisantes pour mener à bien ce véritable projet du siècle en matière d'infrastructure", précise un rapport du Sénat publié fin 2018.

Résultat, dans les autres services, "les moyens deviennent insuffisants pour assumer nos missions", affirme Patrick Saint-Léger. Dans les parcs nationaux, celui des Pyrénées, par exemple, le suivi de l'Aigle royal n'est plus assuré. Dans les agences de l'eau, "la mutualisation est en train de mettre fin à la logique d'intervention par bassin versant, explique Patrick Saint-Léger. Les suppressions de postes au sein de Voies navigables de France l'amènera à "dénaviguer" les tronçons jugés non rentables".

Les agents mobilisés, comme Patrick Saint-Léger, ancien responsable d'une agence de l'eau, redoutent ainsi une "dégradation des milieux naturels, un recul de la biodiversité" et une "augmentation des problèmes de santé publique avec les atteintes à l'environnement".

Même l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui enregistre pourtant 5 ETP en plus cette année, "considère que ses effectifs sont insuffisants", selon le rapport du Sénat, compte-tenu du "renforcement de la sûreté du parc nucléaire français", "du vieillissement des centrales", "de la mise en fonctionnement du réacteur EPR de Flamanville", "du projet CIGEO" et de la "montée en puissance de la problématique du démantèlement". Sans compter "la détection d'irrégularité au sein de l'usine d'Areva au Creusot" qui nécessite "la mise en place d'équipes pour examiner les irrégularités découvertes et d'exercer (...) un contrôle renforcé des exploitants et de leurs sous-traitants". L'ASN avait demandé 15 agents supplémentaires pour la période 2018-2022, en vain.

Le rapport du Sénat pointait également du doigt les dangers de ces suppressions de postes, notamment concernant la police de l'environnement : "les effectifs de plusieurs services départementaux de l'ONCFS et de l'AFB, dont l'activité de police est souvent une des missions principales, sont inférieurs au plancher respectivement de dix et de cinq agents, considéré comme un minimum pour permettre le maintien d'une pression de contrôle suffisante dans les territoires."

En réponse, le ministère a acté la fusion de l'ONCFS et de l'AFB. Cette fusion va donner naissance à l'Office français de la biodiversité (OFB), ce qui permettra d'atteindre les objectifs minimaux en matière de police de l'environnement. Une solution qui satisfait peu les syndicats : "ce nouvel OFB va en réalité permettre de supprimer 127 postes supplémentaires", affirme Patrick Saint-Léger.

Ces suppressions de postes s'intègrent dans la réforme de la fonction publique Action publique 2022 dont les syndicats réclament l'abandon ainsi qu'une révision du projet de loi de finance 2020 qui prévoit de nouvelles suppressions de postes. La réforme de la fonction publique a déjà mené à la suppression de 16.000 postes dans l'ensemble des ministères.

Elodie Buzaud.

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