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Emploi-Environnement

“ COP 21 : l'accord de Paris doit parler d'emploi ”

Les syndicats s'emparent de la question climatique. Anabella Rosemberg, conseillère pour les politiques environnementales à la Confédération syndicale internationale, nous indique ce qu'elle attend de la COP 21.

Avis d'expert  |    

Actu-Environnement.com : Que serait pour vous un bon accord de Paris ?

Anabella Rosemberg : Avant de répondre à cette question, il est nécessaire d'inscrire la conférence de Paris dans une réflexion plus large sur l'impact des changements climatiques en termes de projets de développement et de politique sociale. Le lien entre climat et justice sociale devient de plus en plus clair sur le terrain. Depuis ces trois ou quatre dernières années, les syndicats des pays du Sud mettent des mots sur ce qui se passe. Le changement climatique touche les emplois d'aujourd'hui et pas seulement ceux de demain. D'où une demande de protection sociale plus forte.

AE : Quelle réponse peut-on apporter aux effets du changement climatique ?

AR : Le défi est de rendre l'économie viable malgré ces bouleversements. Il y a 15 ans, beaucoup rejetaient le Protocole de Kyoto. Aujourd'hui, il y a un vrai consensus au sein des organisations syndicales sur l'impact du changement climatique sur l'emploi. Il faut se diriger vers un mix énergétique donnant toute sa place aux énergies renouvelables même si ça n'est pas facile. On n'a pour l'instant aucune garantie sur la réalisation de la transformation et les salariés ne sont pas sûrs de retrouver un emploi à des conditions au moins égales dans un secteur qui a de l'avenir. A titre d'exemple, la transition du charbon dans le Nord de la France, même si elle n'était pas liée au changement climatique, a donné lieu à un chômage de masse du fait d'un manque d'anticipation.

AE : Les employeurs sont-ils sur la même longueur d'ondes que les salariés ?

AR : Il y a de tout chez les employeurs : ceux qui nient le changement climatique, ceux qui le reconnaissent mais s'estiment non concernés et, enfin, ceux qui sont volontaires et prêts à s'engager. En tout état de cause, les mécanismes de dialogue ne sont pas en place. Les salariés ne sont pas consultés et sont parfois utilisés dans le cadre de chantages à l'emploi. Il est absolument nécessaire de savoir comment les entreprises vont aboutir au "zéro émissions". Les patrons auront les moyens de financer leur propre transition, ce qui ne sera pas le cas des salariés qui risquent de devenir la variable d'ajustement.

AE : Revenons à Paris. Que doit contenir le futur accord ?

AR : L'accord doit tout d'abord mieux prendre en compte l'impact considérable du changement climatique sur les pays du Sud. L'ambition est insuffisante en la matière. Nous acceptons malgré tout le principe d'une responsabilité commune, même si cette responsabilité est très diverse selon les Etats, et reconnaissons que des efforts doivent aussi être consentis par les économies émergentes. Sans attendre l'échéance de 2020 visée par le futur accord, il faut aussi travailler sur les pistes d'actions de court terme qui font l'objet d'un groupe de travail parallèle. Nous sommes également en faveur d'un mécanisme de révision périodique de l'accord, révision qui devrait intervenir au minimum tous les cinq ans.

AE : Comment mieux prendre en compte les impacts sur les pays du Sud ?

AR : Cela passe par une plus grande solidarité Nord/Sud, c'est-à-dire par des financements à la hauteur. Ceux-ci doivent être davantage dirigés vers l'adaptation au changement climatique. L'objectif des 100 milliards de dollars par an d'ici 2020, décidé à Copenhague en 2009, est loin d'être atteint.

AE : Quelles sont vos autres revendications ?

AR : Il faut certes un engagement politique fort sur l'objectif d'un réchauffement maximal de 2°C, auquel nous adhérons totalement. Mais la façon de s'engager est également très importante : il faut passer par une transition juste. L'accord de Paris doit parler d'emploi.

AE : Sous quelle forme un tel engagement doit-il être pris ?

AR : Une disposition du projet d'accord prévoit que les gouvernements s'engagent à promouvoir le travail décent et les emplois de qualité, ainsi qu'à soutenir les travailleurs par des stratégies de transition justes. Cette disposition doit figurer dans la partie de l'accord ayant une valeur juridique et non dans le préambule. Mais il n'est pas nécessaire d'aller plus loin à ce niveau afin de ne pas surcharger des négociations déjà complexes. Il vaut mieux établir des passerelles avec des initiatives prises dans d'autres cadres. C'est le cas des travaux tripartites sous l'égide du Bureau international du travail visant à l'adoption de guides directeurs de la transition.

AE : Etes-vous optimiste sur la possibilité de parvenir à un accord à Paris ?

AR : Les engagements des Etats, qui ne permettent pour l'instant pas de converger vers l'objectif des 2° C, sont inquiétants, même si la probabilité d'un accord reste élevée. Dans tous les cas, Paris ne sera pas jugé par le seul accord mais par la capacité des organisations sociales à parler aux citoyens.

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