Emploi-Environnement : Qu'est-ce qui peut motiver aujourd'hui les ingénieurs, les techniciens souhaitant évoluer dans la transition écologique à se tourner vers des activités en freelance ?
Aleksander Traczyk : En France, 10 % de la population active est déjà en freelance, un chiffre révélateur d'une tendance de fond. Cette part augmente rapidement, avec une croissance annuelle d'environ 20 % sur les deux dernières années. Dans ce contexte, de plus en plus d'ingénieurs et de techniciens de la transition énergétique se tournent vers ce mode de travail. Trois grandes raisons expliquent cet engouement. D'abord, la nature même des missions : ces professionnels travaillent souvent par projet, ce qui les détache progressivement de l'entreprise au profit d'une fidélité à la mission. Éloignés physiquement du siège, moins intégrés à la culture d'entreprise, ils développent un besoin d'autonomie. Ensuite, l'aspect économique : beaucoup pensent qu'on gagne mieux sa vie en freelance. Et c'est parfois vrai, à condition d'avoir une activité régulière. Cette perspective reste un puissant moteur. Enfin, la quête de reconnaissance joue un rôle important, surtout chez les jeunes générations. Beaucoup veulent du sens et une reconnaissance rapide, ce que les grandes entreprises ont parfois du mal à offrir. Résultat : après quelques années, certains choisissent le freelancing pour gagner en liberté, choisir leurs projets et redéfinir leur rapport au travail.
EE : En quoi la transition énergétique est-elle porteuse pour des activités en freelance ? Et quels types de professionnels sont concernés ?
A.T. : La transition énergétique repose sur une logique projet par projet. Qu'il s'agisse de construire ou d'exploiter des unités de production - dans le nucléaire, les énergies renouvelables ou la valorisation des déchets - chaque initiative implique de constituer une équipe dédiée pour couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur. Ce fonctionnement favorise naturellement le recours au freelancing. Certains métiers y sont particulièrement adaptés, notamment ceux liés aux chantiers : chefs de chantier, superviseurs, responsables de mise en service, référents sécurité ou environnement. Ces professionnels, déjà habitués à passer de chantier en chantier, trouvent dans le freelancing une forme de continuité logique : ils préfèrent choisir eux-mêmes leurs missions, selon la localisation ou la nature du projet. La tendance commence aussi à gagner les fonctions support. Des profils comme les chargés d'études, ingénieurs procédés ou spécialistes du chiffrage s'ouvrent de plus en plus à ce mode de travail, même si cela reste encore en développement.
Enfin, au-delà du projet, un critère devient central : l'équipe. Les freelances cherchent de plus en plus à savoir avec qui ils vont travailler. Peu importe que ce soit pour un grand nom du secteur ; ce qui compte, c'est l'ambiance sur le terrain. Ils veulent des environnements sains, collaboratifs, et fuient les équipes conflictuelles. C'est une évolution notable dans les critères de choix des missions.
EE : Qu'est-ce qui vous a conduit à créer la plateforme Xpert One ?
A.T. : Notre entreprise familiale, MTAIR, est active depuis plus de 35 ans dans les métiers de la transition énergétique, avec une spécialisation dans les phases finales de chantier, notamment la mise en service. C'est un métier discret mais crucial, qui consiste à faire fonctionner parfaitement les installations avant leur mise en exploitation.
En reprenant l'entreprise il y a une dizaine d'années, j'ai été confronté à deux constats : d'un côté, il devenait difficile de recruter des jeunes pour un métier nomade ; de l'autre, de plus en plus de professionnels expérimentés se mettaient à leur compte pour enchaîner les missions. C'est dans ce contexte qu'est née l'idée d'Xpert One, il y a deux ans.
L'objectif : créer une structure capable de valoriser ces freelances, de les accompagner, de qualifier leurs compétences et de les mettre en relation avec les entreprises. Ce modèle nous permet de répondre plus rapidement à leur demande croissante, tout en capitalisant sur des experts motivés, autonomes et enrichis par la diversité de leurs missions. Xpert One vient ainsi compléter des équipes internes, en CDI, en apportant agilité, réactivité et savoir-faire terrain.
EE : Quels sont les profils les plus recherchés aujourd'hui dans la transition énergétique ? Quel est leur statut, une fois en mission ?
A.T. : Aujourd'hui, ce sont surtout les profils de techniciens qui sont les plus demandés, en particulier sur les chantiers. On constate une forte pénurie de superviseurs de travaux (électricité, montage), de metteurs au point, de metteurs en route et de responsables de mise en service. Ces métiers techniques exigent une grande polyvalence et une vision globale pour assurer le bon fonctionnement des installations.
Un autre profil très sollicité en ce moment, ce sont les chefs de quart, qui représentent environ 50 % de nos demandes. Ils pilotent les usines à la fois pendant les phases d'essai sur les chantiers, mais aussi de plus en plus en exploitation, où les recruteurs peinent à constituer des équipes stables pour assurer un fonctionnement 24/7.
Question statut, il existe plusieurs options. Certains sont embauchés en contrat de chantier, un statut spécifique au secteur du bâtiment. D'autres interviennent via leur propre entreprise en tant qu'indépendants. Enfin, de plus en plus passent par le portage salarial.

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