Emploi-Environnement : Qu'entend-on par génie écologique ?
Alison Paquette : Le génie écologique est une notion montante puisque la filière n'est structurée que depuis une quinzaine d'années. Pourtant, paradoxalement, il regroupe les plus vieux métiers du monde, ceux qui font cohabiter les activités de l'Homme et de la nature, qu'ils soient agricoles, forestiers ou du paysage. D'un point de vue plus formel, le génie écologique se définit par l'activité qui a pour objectif de favoriser la résilience des écosystèmes et qui travaille à la préservation de la biodiversité pour et par le vivant. Il s'agit de restaurer pour ne pas dire « soigner » les écosystèmes. Au vu de la transition écologique, notre secteur connait un développement exponentiel. Si nous étions en dessous de 15 000 emplois en 2017, nous étions 25 000 en 2020 pour atteindre désormais 35 000 professionnels. Soit une croissance de 93% en six ans. Aussi pour réellement répondre aux besoins identifiés par le diagnostic Emplois et compétences de la filière, nous devons atteindre les 50 000 emplois d'ici à 2030, soit 7000 de plus chaque année.
EE : Qu'est-ce qui nécessite ces besoins ?
AP : La pression sur les écosystèmes, au regard des menaces d'effondrement de la biodiversité et parallèlement les besoins humains d'habitations pour se loger, de routes pour se déplacer… Le génie écologique est un outil qui permet de faire cohabiter tous les besoins de nos sociétés actuelles dans le respect de la biodiversité. Les projets de demain ne pourront plus être construits, pensés et réalisés comme ceux d'hier et c'est ce qu'offre le génie écologique : la pensée écosystémique intégrée aux projets actuels et aux réglementations. La séquence éviter-réduire-compenser est souvent débattue sur le fond philosophique, reste qu'elle apporte quelque chose qui n'existait pas avant : le devoir de compenser l'impact lorsque l'on détruit la biodiversité. D'où le besoin accru de plus en plus de professionnels compétents pour le faire dans les règles de l'art. Paradoxalement, les métiers de la science de la vie et de la terre ont longtemps été dénigrés. On a expliqué à des générations entières, au lycée, qu'il n'y avait pas de débouchés en SVT. Or c'est complétement faux ! En constat : nous nous retrouvons avec des carences de compétences extrêmement précieuses pour notre société
EE : Quels sont les professionnels les plus recherchés ?
AP : Parmi les trois métiers phares du secteur, ceux qui sont désormais devenus indispensables, on retrouve la fonction d'ingénieur écologue. Ses compétences en écologie lui permettent de comprendre la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. Il intervient sur des projets de génie écologique pour comprendre la globalité des enjeux qu'ils recouvrent. Son approche est systémique et intègre les réglementations en vigueur. Le second métier est celui de naturaliste. Il regroupe des scientifiques qui ont des connaissances pointues sur des groupes de faune ou de flore. Il s'agit pour illustrer d'entomologistes qui sont des spécialistes des insectes, d'ornithologues pour les oiseaux, de botanistes pour la flore, etc… Le métier se décline en plusieurs fonctions, chef de projet naturaliste (bac+5), chargé d'étude naturaliste (bac+3, +5), technicien naturaliste (bac+2, +3). Le troisième métier essentiel à la filière est l'ouvrier de génie écologique. Mais aussi les déclinaisons que sont : conducteur de travaux, chef de chantier qui, riches de connaissances en biodiversité, intègrent les enjeux naturalistes et écologiques dans la réalisation de chantiers en faveur de la biodiversité.
EE : Quelles formations sont à privilégier ?
AP : Aujourd'hui, il n'existe pas de titre d'ingénieur écologue, proprement dit. Aussi, les jeunes diplômés d'un master en environnement généraliste peuvent prétendre à cette fonction en apprenant le métier sur le terrain. En outre, via notre plan d'action Filières et compétences nous collaborons avec des universités et des écoles comme AgroParisTech et l'École nationale supérieure des travaux publiques (ENSTP) sur la chaire du génie civil écologique. Concernant, le titre d'Ouvrier de génie écologique, nous avons créé un référentiel de compétences et nous accompagnons les centres de formation (Afpa, MFR…) dans la déclinaison de ces compétences. Enfin, dans le cadre de la formation continue, pour des personnes en reconversion ou des professionnels souhaitant renforcer leurs compétences, nous avons créé l'UPGE Formation qui recense les formations continues à même d'évoluer vers ces métiers. C'est important car la filière promeut l'évolution professionnelle. L'ouvrier de génie écologique peut devenir chef de chantier, conducteur de travaux. L'ingénieur écologue a l'opportunité de se spécialiser sur un taxon et être naturaliste. Nous sommes dans une filière d'avenir avec beaucoup de passerelles entre les fonctions. Enfin, avec de la passion, tout y est possible !

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