Apprendre, dans des conditions réelles, à concevoir, poser, exploiter et entretenir les futurs réseaux hydrogène en toute sécurité : telle est l'ambition de l'espace H²Zone. Cette première plateforme nationale de formation en hydrogène, initiée par GRDF et Energy Formation, est installée sur le campus situé à Saint-Étienne-de-Montluc, près de Nantes (Loire-Atlantique). Inaugurée le 12 décembre dernier en présence de Laurence Poirier-Dietz, directrice générale de GRDF, et de Stéphane Doistau, directeur d'Energy Formation, l'événement a également été l'occasion de faire le point sur les besoins en compétences pour faire croître la filière.
« Nous disposons déjà depuis deux ans d'une formation en hydrogène, qui alterne théorie et pratique sur les fondamentaux : propriétés, production, stockage, applications, maîtrise des risques, réglementation. Un dispositif d'ores et déjà suivi par une centaine d'acteurs de la filière, en particulier des préventeurs. Désormais, avec la plateforme, nous passons à une seconde phase qui va nous permettre d'accompagner le secteur gazier dans la montée en compétences techniques pour la distribution future d'hydrogène pur, qui entre en phase de réalisation », précise Stéphane Doistau, directeur général d'Energy Formation.
La plateforme H²Zone s'étend sur 1000 m² et est structurée autour d'un réseau hydrogène composé de plusieurs zones fonctionnelles et pédagogiques. Les apprenants pourront ainsi se former à chaque étape du processus : conception du réseau, stockage de l'hydrogène, recharge de flux, maintenance, injection, et recherche systématique de fuites. « Autour de ces différentes options, nous développerons des formations spécifiques, par exemple autour de l'intervention en sécurité et du dépannage : quelles précautions prendre, quels équipements utiliser, quels premiers gestes effectuer... Pour 2025, nous visons entre 50 et 100 stagiaires sur la plateforme, puis une centaine en 2026. Le déploiement, en termes de chiffres mais aussi de sujets de formation, se fera au fil des retours d'expérience et des besoins identifiés », ajoute Stéphane Doistau.
Répondre aux enjeux de compétences de la filière hydrogène
Selon France Hydrogène, la filière compte actuellement 6 400 professionnels, avec un objectif ambitieux de 66 000 emplois d'ici 2035. Pour atteindre cet objectif, la formation joue un rôle crucial. « Aujourd'hui, le constat est le suivant : le secteur compte 200 cursus, dont la plupart sont des masters et des diplômes de haut niveau. Or, nous aurions besoin que 60 % des diplômes menant à la filière soient des diplômes du secondaire, de niveaux 3 et 4, avec une priorité sur l'exploitation et la maintenance, car ces deux domaines représentent les plus gros viviers d'emplois », explique Inès Taoufik, chargée de mission au pôle étude-expertise de France Hydrogène.
La majorité des métiers de l'hydrogène ne sont pas entièrement nouveaux, mais des professions génériques comme technicien de maintenance, technicien d'exploitation ou opérateur en construction, doivent être adaptées aux spécificités de l'hydrogène. « L'idée serait de colorer des diplômes déjà existants sur des points spécifiques. Parmi eux : la sécurité, le cadre réglementaire, les matériaux spécifiques à l'hydrogène, les technologies (électrolyseurs, piles à combustible...), les pressions... », ajoute Inès Taoufik. Toutefois, la montée en compétences en hydrogène déployée par Energy Formation s'adresse, pour l'heure, dans le cadre de la formation continue, aux techniciens du secteur, pour accélérer le nombre de professionnels capables de travailler sur les réseaux hydrogène.
Cependant d'autres pistes sont dans les tuyaux pour accélérer la croissance de main d'œuvre et notamment l'accompagnement de personnes en reconversion ou en réinsertion vers ces métiers. « Avec la Fondation Agir Contre l'Exclusion (FACE), en partenariat avec le Campus des qualifications des métiers d'excellence énergie durable de Loire-Atlantique, nous travaillons actuellement sur un parcours qui leur serait dédié. L'enjeu est de développer un cursus avec différents modules, dont l'un permettrait d'avoir un vernis suffisant en matière de compétences gaz pour prétendre ensuite à un stage et à des formations spécialisées en gaz verts (hydrogène, biométhane…) », explique Stéphane Doistau, qui affirme l'ambition d'avoir une première promotion de ce type en 2025.
D'ici 2030, GRDF souhaite remplacer 30 % du gaz naturel d'origine fossile par du gaz renouvelable et local, avec une transition complète à 100 % d'ici 2050. Le déploiement de techniciens compétents pour parvenir à ce dessein sera-t-il suffisant ? Affaire à suivre...

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