Emploi-Environnement : Quelle est la vocation de l'association professionnelle Gardes Nature de France (GNF) ?
Carole d'Antuoni : Créée en 2010 à l'initiative des parcs nationaux français, l'association GNF a pour mission de fédérer la profession en organisant notamment tous les ans des rencontres afin d'échanger sur nos pratiques. En France, le métier de garde-nature se décline sous de nombreuses appellations : éco-garde, garde-moniteur, technicien de l'environnement… De plus, ses missions sont différentes selon son cadre d'exercice. Même si actuellement nous estimons le nombre de professionnels à 3 000 en France, nous éprouvons des difficultés à les dénombrer vraiment. Nous structurer est donc un impératif. À l'international, les données sont plus précises : 286 000 gardes terrestres sont employés dans les aires protégées. Aussi, afin de mettre en lumière les problématiques communes du métier, nous venons d'organiser en France le dixième congrès mondial des gardes nature (World Ranger Congress), qui a réuni plus de 400 gardes du monde entier. L'occasion d'échanger sur les grands objectifs mondiaux de préservation de la planète, qui visent à atteindre 30 % des terres et mers protégées d'ici 2030. Pour y parvenir, on estime, à l'international, qu'ils devront être 1,5 million. C'est donc un métier d'avenir dont nous avons besoin !
EE : Quelle est la mission d'un garde-nature ?
CdA : Le rôle d'un garde-nature varie en fonction de son lieu de travail, mais sa mission principale reste la défense des espaces naturels, qu'ils soient protégés ou non. En général, le garde patrouille sur le terrain pour sensibiliser le public – qu'il s'agisse de promeneurs, de touristes, de randonneurs et tous types d'usagers – à la protection de l'environnement et à la réglementation en vigueur. Il explique la faune, la flore et les règles à respecter dans ces espaces. S'il est assermenté, il peut également sanctionner les infractions.
Un garde-nature peut être employé par différents types d'organismes : établissements publics, parcs naturels régionaux ou nationaux, réserves, départements, Office National des Forêts (ONF), Office Français de la Biodiversité (OFB) ou encore par des associations gestionnaires de sites protégés, comme le Conservatoire du littoral. Il peut aussi travailler pour des propriétaires privés en tant que garde-particulier. Chaque employeur propose des missions variées en fonction du site.
Dans un parc national, par exemple, les missions incluent souvent le suivi scientifique des espèces et l'évaluation de leur état de conservation. Pour un propriétaire gestionnaire, public ou privé, le garde-nature peut être chargé de l'entretien des sentiers, du balisage, de la rénovation des bâtiments, ou encore de l'élagage pour la sécurité des usagers. Dans le secteur associatif, les missions d'animation auprès des scolaires, à la manière d'un guide touristique, sont également courantes.
EE : Quelles formations permettent d'accéder à ce métier ?
CdA : À ce jour, il n'existe pas de formation dédiée au métier de garde-nature en France. Le BTS Gestion et protection de la nature est l'une des voies possibles, mais il présente certaines lacunes, notamment sur les aspects de gestion des conflits, de travaux manuels et de suivi des espèces. C'est pourquoi l'association milite pour la création d'une formation spécifiquement dédiée à ce métier. Nous souhaiterions prochainement travailler à développer un cursus avec des structures habilitées, comme l'OFB, qui possède déjà un organisme de formation. Aujourd'hui, seuls les concours de technicien de l'environnement et d'agent d'environnement, principalement pour l'OFB, permettent un accès direct, mais limité, à cette profession avec un nombre de postes très restreint.
EE : La France n'a donc pas besoin de gardes nature ?
CdA : En réalité, les besoins sont importants, mais il y a très peu de postes disponibles. De nombreux espaces, prétendument protégés, ne le sont que sur le papier, et le manque d'effectifs sur le terrain est criant. Les budgets manquent à l'appel.
Dans le Var, par exemple, l'OFB, l'ONF et tous les organismes gestionnaires d'espaces naturels manquent de personnel sur le terrain pour patrouiller et assurer le contrôle de la chasse, de la pêche et la surveillance générale de la faune. Cette absence de présence sur le terrain entraîne une hausse des problèmes de braconnage et de circulation motorisée en espace naturel.
En résumé, nous avons besoin d'agents, mais nous ne savons pas comment mobiliser les fonds ni les former. Nous sommes donc confrontés à un besoin non couvert, auquel il faudra répondre pour atteindre 30 % d'espaces protégés d'ici 2030. Nous en sommes loin !

Actu-Environnement
















