« Je suis garde nature pour le Département du Nord. Cela fait 14 ans que j'exerce cette profession. Mon travail s'inscrit dans le cadre de la politique des espaces naturels sensibles, une mission portée par les départements. Elle consiste à gérer des milieux écologiques remarquables tout en les rendant accessibles au public, dans la mesure où cela respecte la sensibilité des milieux et des espèces », précise d'emblée Léa Lemaire. Dans l'ensemble du Département du Nord, 3 600 hectares sont sous gestion, avec une quarantaine de gardes départementaux. Au sein de l'arrondissement du Douaisis, où Léa évolue, six gardes nature gèrent 600 hectares répartis sur plusieurs sites.
« De manière générale, mes missions principales incluent des travaux d'entretien des sites, le suivi naturaliste des espèces présentes, l'accueil et la sensibilisation du public, ainsi que la surveillance pour garantir la préservation de la biodiversité. Toutefois, aucune journée ne se ressemble, puisque les activités varient en fonction des saisons et de la météo », explique-t-elle. L'automne est ainsi consacré aux travaux de gestion des zones humides, comme l'entretien des roselières. L'hiver, les travaux de bûcheronnage et les opérations de sécurisation prennent le relais pour garantir la sécurité des chemins empruntés par les promeneurs. Parallèlement, des actions de gestion des boisements sont entreprises pour équilibrer les peuplements forestiers.
« Le printemps, c'est le moment des inventaires naturalistes : les amphibiens sortent de leur hibernation, et des oiseaux migrateurs comme l'engoulevent d'Europe arrivent sur nos sites… C'est aussi la période où commence la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, comme l'arbre à papillon ou la renouée du Japon, mais aussi celle de la tonte et du fauchage pour garder les sentiers accessibles », explicite Léa. L'été fait place à la surveillance, notamment des vacanciers parfois peu scrupuleux (motocross, barbecue, baignade interdite…) pour des missions de sensibilisation.
« Je suis spécialisée dans l'étude des abeilles sauvages »
« Nous jouons également un rôle clé dans l'éducation à l'environnement puisque nous recevons, tout au long de l'année, des groupes scolaires, des étudiants en gestion des milieux naturels, ainsi que des adultes, notamment des personnes en situation de handicap, pour des chantiers pratiques et pédagogiques. D'ailleurs, ce que j'aime avant tout dans mon métier, c'est créer du lien entre la nature et les individus, en offrant à tous l'opportunité de se reconnecter aux milieux naturels », détaille Léa.
En outre, le travail d'équipe et la complémentarité des compétences, notamment naturalistes, sont également pour cette écologue convaincue l'un des atouts de son métier. « Pour ma part, je suis spécialisée dans l'étude des abeilles sauvages et je mène un suivi de mi-mars à octobre. J'effectue des campagnes d'inventaire sur des sites sélectionnés pour une durée de trois ans, en essayant de répertorier un maximum d'espèces. Pour cela, je capture les abeilles, les observe sous une loupe binoculaire, afin de définir, selon des critères spécifiques et grâce à une clé de détermination, leur espèce. Dans les Hauts-de-France on compte entre 350 et 400 espèces d'abeilles sauvages, et sur mon secteur, en 13 ans d'inventaire, j'ai la satisfaction d'avoir recensé un tiers de l'apidofaune régionale », s'enthousiasme-t-elle.
Un parcours guidé par une conscience écologique
Originaire de région parisienne, Léa, avant d'arriver sur ce métier, a obtenu un bac scientifique, suivi d'un DUT Chimie, puis d'une licence professionnelle en chimie organique et bio-organique. « J'avais l'objectif de devenir parfumeuse, mais ma conscience écologique m'a poussé à me réorienter vers un BTSA en Gestion et Protection de la Nature, option Gestion des espaces naturels », raconte-t-elle. Souhaitant passer par la voie de l'apprentissage, Léa a alors envoyé près de 60 candidatures sur tout le territoire français.
« J'ai été retenue dans le Nord et j'ai par la suite été embauchée. Puis j'ai réussi le concours de technicien territorial, option espaces naturels. Et si, lors de mon apprentissage, on m'a imposé l'apidologie, l'étude des abeilles, ce sujet, en phase avec mes valeurs, a orienté ma carrière avec joie quant à leur préservation », conclut-elle.

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