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Emploi-Environnement

Les professionnels de la réparation automobile se mettent à l'heure du véhicule électrique

Le véhicule électrique investit nos rues. Avec lui, des innovations pour tendre vers la mobilité durable… Mais qui sera en mesure d'entretenir ces nouveaux véhicules ? Le point avec Benoît FRIEDE, du GARAC, sur le rôle de la formation initiale.

Avis d'expert  |  Transport  |    

Le véhicule électrique (VE) s'installe dans le paysage automobile européen, avec plus de 500.000 voitures en circulation. Et la tendance s'accélère, puisque 2017 a été une année record en termes de mises à la route et ses 149.086 immatriculations nouvelles.

En France, le segment “100% électrique” représente 1,2 % du marché automobile avec 30.921 immatriculations en 2017, deuxième marché d'Europe derrière la Norvège. Les professionnels de l'entretien et de la réparation automobile vont devoir répondre à ces nouveaux clients...

La réparation du VE : un marché sur habilitation uniquement

Conscientes des enjeux, les écoles de formation à la maintenance automobile doivent suivre ce virage de la transition. Tout d'abord en enseignant une culture du VE et du véhicule hybride (VH), dont l'attirance des élèves pour le produit n'est pas spontanée. Il y a 4-5 ans, on pouvait même parler d'aversion, mais les esprits évoluent grâce au contexte de marché : modèles de plus en plus attrayants, développement des parts de marché, réglementation incitative, marché porteur en termes d'emplois.

Très concrètement, les écoles ont dû enrichir leurs programmes avec l'enseignement des protocoles pour la sécurité d'intervention sur les VE/VH, et plus largement sur les systèmes électriques embarqués. Tout professionnel intervenant sur un VE/VH, qu'il soit mécanicien ou carrossier, doit pouvoir justifier d'une “habilitation électrique”. Il s'agit d'une obligation légale. Les risques nouveaux à maîtriser ne sont pas anodins : électrocution, explosion, brûlures.

Un corpus technique en cours d'acquisition au sein des écoles

Actuellement, les écoles sont majoritairement en phase 2 de la transition avec la création du corpus technique et pédagogique lié au diagnostic et à la réparation des VE/VH.

Les professeurs se mettent à niveau et doivent intégrer l'accélération du rythme des innovations chez les constructeurs. Au GARAC, une quinzaine de professeurs sont à l'oeuvre sur ce point spécifique. Les constructeurs font partie du dispositif d'acquisition des savoir-faire, notamment grâce aux échanges d'expérience, à l'acquisition et aux prêts de véhicules - Renault ZOE et Twizy, Peugeot iOn, BMW I3, Toyota Hybride, BlueCar, Opel Ampera... -, destinés à être démontés, scrutés et remontés.

D'une façon générale, la formation initiale en entretien et réparation automobile vise à former des professionnels capables de diagnostiquer les pannes ou dysfonctionnements logiciels ou électrotechniques des VE/VH. Une démarche bien plus complexe qu'un diagnostic purement mécanique et qui concerne également les systèmes électriques et électroniques embarqués des véhicules thermiques. Les profils Bac pro, BTS Maintenance de véhicule, CQP Technicien expert Après-vente Automobile ont de l'avenir dans la filière.

Une fois le diagnostic effectué, l'intervenant devra savoir remplacer les modules défaillants, les pièces d'usure et les packs de batteries, en toute sécurité pour lui-même, les collaborateurs et pour le client par la suite, conformément aux standards et procédures des constructeurs. La réparation proprement dite d'un sous-système électrique, initialement du ressort de l'équipementier en quête de retour d'expérience et de suivi qualité, est désormais confiée aux services après-vente.

Parmi les nouvelles missions du “garagiste” : savoir mesurer le niveau de performance d'un pack de batteries, mais aussi savoir conseiller le client pour en optimiser la durée de vie, avec la gestion de la charge mais aussi l'écoconduite. L'apprentissage des bons réflexes concerne aussi le client final.

Se préparer à une vraie rupture technologique des véhicules

Dans ce contexte de rupture technologique, le choix par les jeunes d'une école dédiée à la filière Vente et Après-vente automobile devient complexe. Des évolutions de référentiels des programmes sont en cours.

À cette fin, l'action de l'Association Nationale pour la Formation Automobile (ANFA) réunit plusieurs acteurs dans un PIA (Programme d'investissement d'avenir) afin d'accompagner, sur 5 ans, la digitalisation dans la branche des services de l'auto et de la mobilité. Le PIA vise également à déployer un projet de formation d'envergure sur 4 chantiers : la digitalisation du commerce automobile, les impacts en matière d'après-vente des véhicules connectés (particuliers et industriels) et les véhicules autonomes ».

Sur le terrain, les collaborations entre les écoles et les acteurs de la profession sont décisives. L'école envisagée dispose-t-elle des infrastructures et des véhicules de dernière génération pour tout expérimenter ? Permet-elle de couvrir l'étendue des services proposés à la clientèle ? L'équipe pédagogique a-t-elle pris conscience de la transition à laquelle il faut se préparer ? Voici des questions à se poser.

Véhicule électrique ou hybride, véhicule autonome, véhicule partagé, maintenance prédictive, nouveaux carburants, systèmes d'assistance du conducteur, capteurs, systèmes d'infotainment… voilà ce que les jeunes diplômés vont devoir appréhender durant leur carrière. La formation initiale doit les ouvrir à cela, tant sur le plan pratique que théorique, afin de leur donner l'ouverture d'esprit et une maîtrise suffisante pour évoluer dans ces domaines. Il s'agit d'une étape importante dans la carrière naissante d'une personne. Charge ensuite aux constructeurs, aux importateurs et aux différents réseaux de continuer à former leurs équipes pour acquérir et actualiser les compétences spécifiques.

Favoriser son ancrage au sein des acteurs de la profession

En conclusion, les perspectives de l'emploi dans l'entretien et les services automobile sont très bonnes, et désormais high-tech. La qualité des partenariats mis en place par les écoles avec les acteurs de la profession est déterminante pour être au rendez-vous des compétences attendues.

Enfin, il n'y a pas de meilleure école que celle qui assure le placement de ses apprentis et étudiants à l'issue de la formation. Pour bien choisir son école, l'idéal est d'assister aux Journées Portes Ouvertes, de rencontrer des anciens et des entreprises qui recrutent… Les réseaux sociaux sont aussi une bonne façon d'en savoir plus pour éclairer son choix.

Avis d'expert proposé par Benoît FRIEDE, responsable des enseignements techniques et professionnels pour le GARAC, École nationale des professions de l'automobile, à Argenteuil, Val-d'oise (95). Coordination éditoriale : Sébastien Trollé, Éditions Cogiterra.

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