Emploi-Environnement : À quels enjeux répond le parcours métier de maraîcher bio qui ouvrira en novembre 2024 ?
Baptiste Saulnier : D'un constat : d'ici 2030, 250 000 fermes seront à reprendre avec plus d'un tiers des agriculteurs qui seront en âge de partir à la retraite. Un état des lieux auquel doit s'attaquer le Projet de loi d'orientation pour la souveraineté en matière agricole et le renouvellement des générations en agriculture. De plus, aujourd'hui 60 à 70 % des maraîcher.ères qui se lancent ne subsistent pas après 4 à 5 années d'exercice. La problématique relève souvent du fait que l'entreprenariat dans ce milieu n'est pas assez considéré. Dans ce secteur, la quête de sens, une certaine idéalisation voire l'idéologie d'être un acteur de la transition agricole et écologique mènent malheureusement bien souvent à l'échec. Aussi, au-delà des aspects techniques, agronomiques relatifs à la culture maraichère bio, il est important d'établir des choix stratégiques (foncier, investissement, business plan, financement…), puis d'anticiper les premières années de productions (trésorerie, équilibre pro-perso, recrutement…). L'idée étant d'être réaliste, en vue de créer ou de reprendre une entreprise agricole biologique qui sera pérenne.
EE : Quelles sont les compétences à acquérir pour réussir dans ce métier ?
BS : S'il faut bien entendu développer des connaissances et des techniques agroécologiques en maraîchage comme la gestion des ressources naturelles, il est essentiel d'avoir des compétences inhérentes en création et en développement d'entreprise. Cela va de la connaissance du marché au pilotage de son business qu'il s'agisse de la gestion, de la distribution, de la commercialisation, de la communication, du management, de la planification… Le programme que nous proposons permet d'aborder l'ensemble de ces sujets de manière théorique durant 4 mois, avant de passer à de la mise en pratique pendant 8 mois au sein de notre ferme campus de Montaigu (Vendée). Les apprenants interviennent alors sur l'ensemble des prises de décision de la ferme : commandes fournisseurs, gestion de la pépinière, planification des cultures, irrigation, management… À terme, la formation permet à chacun de démarrer et de gérer efficacement une ferme agroécologique en maraîchage, arboriculture et petit élevage de 1 à 5 hectares selon la méthode bio-intensive.
EE : À qui s'adresse ce type de formation ?
BS : Cette formation s'adresse aux Nima (non issus du milieu agricole) qui représentent désormais un tiers des personnes qui s'installent dans le secteur. Ce sont en général des citadins qui, issus d'écoles de commerce, d'ingénieurs… ont un bagage d'expériences en entreprise conséquent. Elle concerne également les maraichers déjà en place mais qui souhaitent repenser leurs méthodes de production et pour lesquels la formation théorique de 4 mois permettra une nouvelle approche. Enfin, elle touche aussi tous les enfants de paysans qui ambitionnent de reprendre une ferme familiale parfois déficitaire et qui souhaitent diversifier leurs activités pour lui redonner de la valeur. Dès 2026, avec l'ouverture d'une nouvelle ferme campus chaque année, par région, 1600 personnes devraient être formées d'ici à 2033.

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