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Une ingénieure publique se mue en jardinière pour anticiper les mutations du métier

Lucie Van Nieuwenhuyze, ingénieure et agent public à Grenoble, s'est immergée dans l'équipe des jardiniers municipaux. Objectif ? Comprendre leurs profils et attentes pour améliorer leur métier face au changement climatique. Expérience inédite.

Article  |  Biodiversité  |    
Une ingénieure publique se mue en jardinière pour anticiper les mutations du métier

Dans le cadre d'un stage pour finaliser son master en Stratégie et design pour l'anthropocène, coconstruit par l'ESC Clermont Business School et Strate Ecole de Design Lyon, Lucie Van Nieuwenhuyze a intégré, en septembre 2023, la mairie de Grenoble. « La ville lançait alors un programme dénommé Bifurcations RH, dans le cadre de l'Appel à Manifestation d'Intérêt (AMI) Ecologie et travail de l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact). Un projet visant à mieux comprendre l'évolution des métiers des services publics de la ville, face au changement climatique, d'ici à 2040, auquel j'ai été intégrée », explique-t-elle.


Afin de mener à bien cette mission, Lucie a d'abord tenté de comprendre quelles seraient les mutations à venir et comment les métiers allaient être impactés. « J'ai vraiment rencontré des difficultés à accéder à des données, même au sein du CNFPT (Centre national de la fonction publique territoriale). J'avais certes une liste de métiers en tension, mais aucune indication sur les changements à venir. Quant aux prospectives, via les formations existantes, elles concernaient essentiellement les années à court terme », ajoute-t-elle.


Décidant de s'intéresser au métier de jardinier, qui rassemble plus de 140 agents sur la ville de Grenoble, Lucie, après avoir entre autres étudié la fiche de poste de ces professionnels, s'est alors interrogée. « Comment rendre compte d'une réalité terrain sans s'y être confrontée ? ». Aussi a-t-elle pris une initiative insolite, et ce d'autant plus dans un cadre comme la fonction publique : s'immerger dans le quotidien des jardiniers en pratiquant leur job, à leur côté. Aucune explication sur les tenants et aboutissants de sa mission auprès des agents, l'idée étant d'obtenir des témoignages authentiques et d'être à même de les comprendre. « J'ai choisi ce métier car il est en tension, soumis à de multiples contraintes climatiques et sanitaires et parce qu'il est de surcroît une vitrine de la politique publique de la ville. Ils font partie des agents les plus visibles des citoyens puisque leurs actions s'étendent sur 240 hectares d'espaces verts, 200 aires de jeux, et 7 parcs éco-jardin », commente-t-elle.


Une expérience immersive à visée empathique


Lors de cette expérience, Lucie Van Nieuwenhuyze a observé qu'une bonne partie des jardiniers avaient choisi ce métier pour travailler en extérieur, pour le caractère concret du travail, et pour la diversité des activités. Bien qu'ils n'apprécient pas nécessairement la partie nettoyage. « La biodiversité est pour eux un sujet complexe car, se définissant comme des horticulteurs, la notion d'esthétisme leur est très importante. Ils sont nostalgiques des années 2000 où la ville était labellisée "4 fleurs". À l'époque, la mosaïculture était coutume, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui avec la perspective de nature en ville et des plantes spontanées à respecter. D'ailleurs, le métier a longtemps été axé sur le consommable avec des fleurs qu'on plante et qu'on arrache après deux mois et demi d'exploitation, selon les saisons », précise-t-elle. En outre, les jardiniers plus anciens regrettent chez les jeunes recrues un manque de connaissances techniques concernant la culture des plantes et des espèces communes, ce qui entraîne un sentiment de dévalorisation de leur profession.


Des scénarios de formation coconstruits avec les jardiniers


Au terme de cette expérience, Lucie Van Nieuwenhuyze a tiré plusieurs conclusions. Les jardiniers ont besoin de se projeter et de prendre conscience qu'ils sont des acteurs majeurs de la transition écologique et sociale. Bien que de nombreuses transformations techniques aient été opérées pour faire face au changement climatique, l'accompagnement humain associé reste perfectible. « Or si l'on ne s'intéresse pas à leur identité, à leurs attentes, nous n'aurons pas leur adhésion pour aller dans la bonne direction », affirme-t-elle. Aussi, pour pallier ce manque, Lucie a élaboré dix-huit scénarios prospectifs visant à faire réfléchir à l'évolution du métier

La ville de Grenoble l'a depuis embauchée en tant que chargée de mission contractuelle au sein de la DANCC (Direction alimentation nature cadre de vie et condition animale). Un recrutement qui découle de l'initiative des managers/manageuses du service Nature en Ville, qui ont saisi l'urgence d'adapter les métiers et les process de recrutement pour assurer la transition écologique. « Depuis, je travaille avec les jardiniers pour les accompagner dans la transformation de leur travail. Avec eux, j'ai ainsi pu aborder différentes questions liées au changement climatique, à l'évolution de leur fiche de poste, à la notion de jardinier-formateur, jardinier-gardien de l'eau, jardinier-pédagogique et autres évolutions possibles, à la gestion différenciée, et à la construction d'un cahier des charges… », conclut-elle. Une expérience qu'elle partage désormais au sein de rassemblements des collectivités, comme le RNIT (Rencontres nationales de l'ingénierie territoriale) qui s'est tenu en juin dernier à Angers.

 
 
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