En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Emploi-Environnement

Emploi et transition : un chantier où tout reste à faire

Le constat est le même depuis le Grenelle : l'économie va être bouleversée par la transition énergétique. A la suite d'une mission sur l'emploi et les compétences, le gouvernement promet une feuille de route opérationnelle pour le printemps.

Article  |  Bâtiment  |    
Emploi et transition : un chantier où tout reste à faire

Laurence Parisot a remis, le 19 février, son rapport sur le Plan de programmation de l'emploi et des compétences (PPEC) aux ministres de la Transition écologique et du Travail. La transition énergétique et les enjeux climatiques nécessitent une réorientation des économies, avec des créations d'emplois, des destructions mais aussi des adaptations nécessaires. Le Grenelle de l'environnement d'abord, puis le débat sur la transition énergétique et la loi qui a suivi en 2015, ont ouvert ce grand chantier prospectif pour identifier les impacts de la transition sur les emplois et les compétences via notamment ce PPEC. Mais depuis, malgré le constat unanime, beaucoup reste à faire.

Le plan, présenté par l'ex-patronne du Medef, “montre qu'au-delà de l'émergence de nouveaux métiers, il importe de tenir compte de la transformation de très nombreux métiers existants, dans le champ de l'industrie mais aussi celui des services. Cette transformation est d'autant plus intense qu'elle se conjugue avec la transition numérique”, résument les ministres. Rien de bien nouveau sous le soleil…

Le gouvernement va prolonger ces travaux en y associant les associations environnementales et les organisations syndicales. L'objectif : définir au cours du printemps 2019 une feuille de route opérationnelle.

Entre 300.000 et 3,8 millions d'emplois concernés

Le rapport tente, dans un premier temps, d'identifier le nombre d'emplois liés ou impactés par la transition énergétique et/ou écologique. Mais entre l'approche restrictive de l'Ademe qui dénombre 300.000 équivalents temps plein (ETP) et celle de l'observatoire national des emplois et métiers de l'économie verte qui recense 3,8 millions d'emplois verts ou verdissants, difficile de s'y retrouver. Seule certitude : le nombre d'emplois touchés ou liés à la transition augmente, et cette tendance n'ira qu'en s'accroissant. Cette évolution est liée aux innovations mais aussi aux politiques publiques. Celles-ci doivent donc être prévisibles et stables pour éviter le phénomène de “stop and go” qui a particulièrement meurtri la filière solaire il y a quelques années.

Les domaines porteurs

D'un point de vue qualitatif, “tout indique que l'installation d'équipements chez les particuliers est la sous filière la plus génératrice d'emplois directs. De plus, elle possède une caractéristique très recherchée : elle est naturellement ancrée dans les territoires”, souligne le rapport. Les besoins doivent donc être identifiés à cette échelle et les collectivités devront “s'assurer du bon niveau des formations destinées aux installateurs”.

La fabrication de matériels et d'équipements dans les trois secteurs clés (énergie, bâtiment et transports) représente un tiers des emplois identifiés par l'Ademe. “Elle est génératrice de valeur ajoutée. Le ratio chiffre d'affaires par emploi est en effet très supérieur à celui de l'installation d'équipements”, analyse le rapport, qui souligne “l'existence d'une filière française de fabrication de pompes à chaleur qui représente environ 24.000 salariés et comprend 20 sites industriels”.

Enfin, le domaine des études et de l'ingénierie de projetcontient une intensité en emplois directs supérieure à la moyenne des filières de la transition énergétique [et] favorise le développement des emplois hautement qualifiés”, ajoute la mission.

Les besoins et les métiers émergents

Celle-ci regrette que l'étude de l'Ademe néglige certaines sous-filières émergentes comme l'efficacité énergétique des bâtiments tertiaires, la gestion et le pilotage des réseaux de transport et de distribution d'énergie, la fabrication, l'installation et la maintenance des bornes de recharge électrique, des stations GNV et hydrogène, la production d'hydrogène renouvelable, la fabrication de poids lourds et véhicules utilitaires peu émissifs, les activités de services de covoiturage et de vélos en libre-service, les cabinets de conseils en énergie et les bureaux d'études spécialisés, les services de R&D, les fonctions publiques d'Etat et territoriale ainsi que les établissements publics / organismes associés dont l'activité principale concerne directement la transition énergétique et le traitement des déchets liés à la transition énergétique.

Autre manque : la prise en compte des emplois indirects. La mission recommande donc de créer un tableau de bord recensant les emplois directs et indirects de la transition énergétique, en y associant les branches professionnelles et en prévoyant une maille locale. Une attention spécifique devra être portée aux startups, méconnues et pourtant fortement génératrices d'emplois.

Quelques nouveaux métiers ou en forte évolution ont également été identifiés. Ils sont appelés à prendre une place très importante dans la transition énergétique, note la mission : le conseiller énergie ou chargé de mission énergie, qu'il travaille auprès des collectivités, des entreprises ou des administrations ; l'energy manager, le consultant green IT, l'économe de flux (pour un site industriel, la grande distribution, un immeuble de bureaux, une administration, l'habitat collectif…) ; l'agrégateur, le dispatcher, le trader (lié au développement des énergies renouvelables) et enfin l'ingénieur en génie des matériaux (dans les transports, l'automobile, l'aéronautique, le stockage des énergies).

Adapter les formations et les valoriser

“Tous les interlocuteurs de la mission font le même constat : l'ampleur des évolutions des compétences est / sera spectaculaire dans de nombreux métiers existants. Dans tous les secteurs d'activité, des compétences nouvelles [sont] à acquérir”. Si les secteurs les plus immédiatement concernés (énergie, chimie, utilities) et les grandes entreprises ont déjà intégré cet enjeu, de nombreux secteurs économiques le découvrent encore, analyse la mission.

Une formation adéquate est donc nécessaire, qu'elle se situe à l'échelle professionnelle ou initiale. L'interdisciplinarité et la maîtrise systémique doivent être au coeur de ces formations.

Par ailleurs, certaines formations conduisant à des métiers utiles à la transition devraient être distingués, notamment le bac pro ST2ID (sciences et technologies de l'industrie et du développement durable). “D'autant que cela pourrait favoriser la revalorisation et la modernisation de certains métiers et secteurs, aujourd'hui en souffrance, et qui se retrouveraient ainsi à la pointe du progrès et de l'économie”. De leur côté, les branches professionnelles devraient réviser à un rythme plus soutenu qu'aujourd'hui les référentiels métiers, note la mission, qui procède à une analyse sectorielle pour l'énergie, le bâtiment et les transports.

Partager